Il était une fois une poupée. Elle était jolie avec ses grands yeux bleus et ses boucles blondes. Un jour, on l’offrit à une petite fille qui en fut ravie. Elle devint sa poupée préférée, elle la traînait partout avec elle, l’emportant même à l’école. Elle lui racontait des histoires, des secrets et toutes sortes de choses. C’était un peu comme une meilleure amie. Mais avec le temps la poupée s’abîmait. Ses yeux se ternirent, ses cheveux devinrent moins soyeux, ses vêtements se déchiraient par endroit et recousu au gros fil, sa peau de porcelaine se ternit et restait toujours un peu sale. Un jour, un bras se décrocha et on dut le recoller mais on voyait toujours les fragments de cet accident. Une autre fois ce fut au tour de sa jambe. Et ainsi de suite, les cicatrices s’accumulaient sur le corps artificiel. La fillette grandissait et trouvait de moins en moins d’attrait à sa poupée de plus en plus abîmée. Elle commença à la délaisser. Elle demandait trop de soins et d’attention. Elle avait perdu de son intérêt. Le plaisir enfantin des débuts s’était éteint doucement et la poupée fut reléguée dans un coin. Elle prit la poussière. Elle ne ressemblait plus à ce qu’elle avait été. Ce qui avait été un jour source de joie, de réconfort, d’amusement, de jeu devint souvenirs. Nostalgie au mieux. Oubliée surtout. Elle fut mise au rebut, vendue dans un vide-de-grenier. Qu’avait-elle encore à offrir ? Que restait-il de ce qui avait été ? Un jouet trop usé pour encore éveiller curiosité et émerveillement. À trop donner, elle s’était perdue. Elle finit à la poubelle parce que le temps abîme, les liens s’effritent et tout a un temps limité. ©
