Quand elle craqua enfin, ou finalement, c'est un puits de douleur qui s'ouvrit. Ses hoquets étaient des blessures béantes, ses larmes le surplus qu'elle ne pouvait plus endiguer. Recroquevillée et sanglotante, elle n'avait plus rien de la fille qu'elle feintait d'être. De celle qu'on connaissait. Et pourtant, elle restait forte. Malgré les pleurs et la souffrance émanant de tous ses pores, elle n'étaient pas brisée. Il y a avait encore une volonté de vivre et de se battre que l'on sentait. Elle était déchirée et paumée mais la vie ne l'avait pas encore soufflée. La flamme vacillait mais refusait de se moucher.
La dessiner à cet instant aurait donné un entrelacs de lignes noires et saccadées d'une beauté horrifiante. Parce que d'une certaine manière, ses épaules agitées sporadiquement au rythme de sa respiration hachée et même son nez qui coule, la sublimait. Elle était humaine, terriblement humaine.
S'en était fini de ses faux sourires travaillés avec soin, de sa distance soigneusement calculée et de toutes les défenses qu'elle n'avait eu de cesse d'ériger. Elle laissait tomber la froideur et la dureté parce qu'elle avait besoin de douceur et de tendresse. C'était elle à l'état brut.
Peu lui importait à cet instant d'être vue dans un tel état de faiblesse, si vulnérable. Un mot pouvait tout faire basculer, un mot pouvait transformer le fragile édifice en poussière.
Elle dévoilait toute sa fragilité et c'était un cadeau inestimable que je chérissais car je savais qu'il lui coûtait. ©