Des gens. Toujours des gens, partout. Tout le temps. Et pourtant, ce sentiment de solitude qui me bouffe. Je regarde les passants et pendant une microseconde nos vies se croisent. Pendant une microseconde je fais partie de la vie de cet inconnu, ou d'une autre, et il ou elle fait partie de la mienne. Des regards se croisent, des sourires parfois ou un simple "bonjour". Je peux attraper des bribes de conversations. En quelques stations de métro je peux partager la vie de centaines de personnes mais sans que cela n'ai d'impact sur aucun. Chacun évolue dans sa bulle, dans sa p'tite vie.
J'écoute mes amis, j'suis avec eux et je fais partie de leur vie aussi, j'crois. Pourtant a certain moments ça ne me semble pas plus qu'avec les inconnus que j'croise chaque jour. Tout va, tout vient et tout finit par partir. Et partager cinq heures, dix ans, trois jours ou cinq minutes avec des gens ne me semble pas si différent. Ce ne sont que des vies qui se retrouvent plus ou moins longtemps mais se séparent forcément à un moment. Ce ne sont que des rencontres fortuites. C'est sans doute pour ça que je me sens si seule.
Je sais que la seule personne sur qui je peux compter pour toujours et bien c'est moi. Aussi dérangeante et réconfortante que cette idée puisse être, ça fini par être la seule certitude qu'il me reste. Quoiqu'il peut même m'arriver d'en douter... Si je deviens folle par exemple, je m'abandonnerais moi-même non ? Mon esprit disparaîtra dans les méandres de la folie et alors je serais là sans l'être. Je perdrais tout.
Et dans ces moments là je perds toute foi parce que la seule idée qui hante ma tête c'est que ne peux compter sur rien ni personne, pas même sur moi. Et c'est même plus la solitude qui me prend à la gorge mais le vide. Je sens le Néant qui s'ouvre sous mes pieds; prêt à m'avaler toute entière si je baisse les yeux et courbe l'échine et j'ai quasiment rien à quoi me raccrocher à part ce stupide instinct de survie. Alors que je voudrais sombrer. Me noyer dans ce vide sans couleur et sans consistance.