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Sa cigarette

Il la regarde allumer sa cigarette. Sa putain de cigarette. Il la regarde aspirer quelques bouffées, comme si sa vie en dépendait. Il la regarde qui recrache la fumée avec délectations, les paupières à demi fermées. Elle semble en extase. Elle prend un plaisir tout orgasmique à fumer cette foutue clope. Il a envie de la lui arracher, retirer de ses lèvres ce bâton cancéreux.

Elle a la beauté d’une fleur brûlée.

Il ne supporte pas de la voir prendre autant de plaisir avec ce simple cylindre de tabac. Il ne supporte pas qu’elle soit comme ça avec sa garo mais jamais avec lui. Il ne supporte pas cette satisfaction égoïste, comme si la cigarette était tout ce qui importait et que lui, il pouvait bien crever la bouche ouverte elle ne le remarquerait même pas. Putain qu’est-ce qu’elle le rend malade. Et elle ne s’en rend absolument pas compte de cette douleur qu’elle lui inflige.

Elle lui a bien proposé, les premières fois, et il a accepté. Mais il ne comprend pas, il ne voit pas ce qu’elle trouve à cette cigarette post-coïtale. Qu’y-a-t-il de si magique qu’il n’arrive pourtant pas à saisir ? Il se pose la question à chaque fois, sans succès. Alors il se contente de regarder les volutes de fumée s’enrouler dans les airs, la bouche en cœur, les yeux fermés et les soupirs de bien-être. Ces paupières closes le rendent fou elles aussi. Une autre barrière, un autre mystère. Elle s’enferme dans son univers, l’excluant sciemment, du moins le voit-il ainsi. Elle ne partage pas, ne communique pas. Il reste seul, assis comme un con au pied du lit à la regarder jusqu’à tant qu’elle ait fini.

Il a fini par être écœuré par cette odeur, ce mélange de nicotine aux relents du sexe, ce mélange âpre et doux à la fois qui le prend à la gorge et lui donne presque envie de vomir. Il voudrait pouvoir ouvrir la fenêtre mais il fait trop froid dehors alors il laisse les effluves stagner. Ce parfum qui colle à sa peau à elle. Ce parfum qui l’étourdissait, lui, avant. Il le respirait dans le creux de son cou avec délectation, cherchant à reconnaitre ces senteurs. Mais c’était avant, avant qu’il ne sache, avant qu’il ne comprenne, avant qu’il ne se heurte, avant qu’il ne voit.

Elle a perdu de sa splendeur depuis mais elle le fascine quand même, différemment. Il la désire encore. Et c’est pour ça qu’il ne dit rien. Parce que c’est elle et sa clope, interdire l’un c’est supprimer l’autre. Il sait que s’il lui demande d’arrêter de fumer après l’acte, elle s’en ira tout simplement. Sans un mot, sans une excuse, elle disparaitra dans les volutes enfumées. Et il la perdra. Et il ne le supporterait pas. C’est pour ça qu’il reste assis à attendre qu’elle ait fini alors qu’il ne pense qu’à briser sa sèche en deux et la balancer par la fenêtre.

 

Putain, qu’est-ce qu’il la hait. ©

 

Image de girl, smoke, and cigarette 

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