C’était un soir de décembre.
Il neigeait. Elle courrait. Elle voulait fuir. Loin. Loin de ce père violent, de cette tristesse perdurante. De cette vie pitoyable. Besoin de changer, besoin de s’en aller.
C’était la nuit, il faisait sombre. Des ombres inquiétantes peuplaient son chemin. Les arbres aux formes torturées l’entouraient. L’encerclaient. Toutes aussi noires que les reste. Ses pas désespérés faisaient crisser la neige sous ses pieds, peuplant d’un bruit unique le lourd silence de la forêt. Son souffle était saccadé, ses joues rosies, ses mains glacées.
Depuis combien de temps courrait-elle ? Elle ne le savait plus, des secondes ou des années, cela revenait au même. Il allait la chercher, elle devait continuer. Elle ne reviendrait pas, jamais, d’une manière ou d’une autre.
Un bruit retentit, elle s’arrêta, le souffle coupé. Figée dans la peur, tous les sens en éveil. De nouveau un craquement. Elle quitte le sentier et s’enfonce dans l’obscurité salvatrice des bois. Ses pas lui semblent des coups de feu dans l’air froid et figé. Elle s’arrête et s’adosse au tronc le plus proche, écoute attentivement les alentours. Le bruit se rapproche, c’est une voix. Elle la reconnait et l’air lui manque. Elle suffoque. Elle tente de se rassurer, ici elle est en sécurité, il ne peut pas la voir. Pas l’atteindre. Soudain un détail lui revint : la neige. Ses traces vont la trahir. Quelle conne ! pourquoi n’y a-t-elle pas pensé avant ? Elle se maudit, elle est perdue.
Dans un dernier élan d’espoir elle reprend sa course folle. Slalomant entre les arbres, priant la lune de l’aider. La voix crie à nouveau, elle ne l’écoute pas. Lui dit-elle de s’arrêter ou de courir tant qu’elle le peut ? De toute façon il la rattrapera, tôt ou tard. Elle le sait mais ne peut songer à abandonner. Elle n’a plus rien à perdre. Courage, peur, espoir, haine tout cela bouillonne en elle lui donnant des ailes. Sa course s’accélère, les cris s’éloignent. Elle se dit qu’elle peut y arriver. Un sourire étire ses lèvres minces, elle va réussir !
Soudain, une main s’abat sur son épaule, la faisant sursauter. Elle manque de tomber. Livide, elle se tourne lentement vers l’homme qui la retient. Il a les traits déformés par la rage, un sourire carnassier et haineux illumine son visage. Ses yeux semblent fous. Il prend la tête de la jeune fille entre ses mains et approche la sienne. Leur nez se touche. Elle peut sentir son haleine chargée de vapeurs d’alcool. Elle ferme les yeux, un dernier mot lui échappe tel une supplique : « Papa. » un rire moqueur éclate. Il commence à l’insulter, elle reste stoïque.
Elle rouvre les yeux, ils brillent d’une lueur argentée sous la clarté lunaire, on peut y lire toute la tristesse du monde mais pas une larme ne coule. Un sourire doux et résigné se fait voir. Elle sait ce qui l’attend et elle ne reculera pas. Après tout, c’est ce qu’elle voulait non, un départ vers un monde meilleur ? Elle sent à peine les mains lui enserrer le cou et la pression qu’elles exercent sur sa trachée. Son regard reste plongé dans celui de son assassin. Quelques minutes et pas un bruit. Puis son corps chute lourdement dans la poudreuse semblable à mille diamants.
Telle une poupée disloquée.
Elle dort enfin en paix.
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