Quand tu te regardes dans le miroir tu vois qu'une gamine effrayée, triste et fatiguée.
Tes grands yeux écarquillés mais éteints sont soulignés de larges cernes noirâtres. Parce que tu dors pas. Tu dors plus. Parce que le sommeil te fuis comme t'ont fuis l'espoir, ceux que tu aimais, et la vie. Parce qu'il ne fait plus parti de ta vie, comme l'étonnement et la découverte, il s'est envolé. Parce que même la nuit ne veut plus de toi, quand bien même tu ne rêves que de t'y abandonner. Parce qu'elle ne veut plus te consoler.
Une énième cigarette à la main tu te laisse bringuebaler par le courant des passants, de rues en ruelles. Tu es condamnée à errer comme une âme en peine en suppliant pour un peu de repos. Comme ces esprits tourmentés ne pouvant reposer en paix. Tu te transformes en cadavre et pourtant tu respires encore. Tu n'es plus qu'un fantôme et l'ombre de ta vie.
Y'a plus d'étincelles dans ton rire éraillé et plus d'lumière dans ton sourire forcé, déjà trop désabusé.
Tu t'rends même plus compte de c'que tu fais. T'es déjà blasée et tes paroles dégoulinent de cynisme que t'appelles réalisme. T'écoutes même plus ton corps qui t'crit que t'es à bout et tu t'transformes en épave. Tu comprends plus rien, tu t'dis que t'as déjà tout vu et tout vécu. T'es shootée sans être défoncée.
T'es en pilote automatique direction le Néant.
Tu comptais voler en éclats mais t'es déjà en miettes.
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