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Départ

Je me pointe à notre rendez-vous hebdomadaire, la tête ailleurs et les yeux dans le vague, légèrement humides. Je suis dans le mal et ça se voit. Ça saute aux yeux. Je suis triste et déprimée parce que… Oh puis merde, je sais pas. J’ai pas de raison en soi, je me suis juste réveillée comme ça. Je m’affale face à lui et grogne un salut que je veux enthousiaste. Évidemment il se pas laisse avoir.

-          Bon allez viens.

-          Quoi ?

-          Viens je te dis.

-          Mais on vient de se poser, on n’a même pas commandé.

-          On s’en fout, on se casse.

Il m’attrape la main et me force à me lever. On récupère nos affaires et on se retrouve dans la rue.

-          Bon, il se passe quoi ?

-          Y’a quelqu’un chez toi ?

-          Pardon ?!

-          Y’a quelqu’un chez toi ?

-          Je sais pas, je crois pas, pour ce que ça change…

-          Ok. On y va.

-          Eh Tom ! Deux secondes là, tu m’expliques ?

-          Je te l’ai dit, on se casse.

-          Oui… On est partis du café…

-          Nan, je veux dire, pour de vrai. Genre, on prend nos cliques et nos claques.

-          …. Et on va où ?

-          Je sais pas, n’importe où ! où on veut, ça n’a pas d’importance !

Et il sourit. De son fameux sourire qui lui donne l’air un peu dingue. Son sourire qui veut dire « Eurêka ! », son sourire remplit de promesse, son sourire qui me pousse à le suivre quoi qu’il arrive. Alors je souris aussi. Je lui attrape la main et on court ensemble jusqu’au métro, soudainement enivrés et excités.

Arrivés chez moi on fonce dans ma chambre. J’attrape un sac à dos, fourre quelques fringues dedans, passe à la salle de bain et dix minutes après je me plante face à lui, assis sur le lit. On peut y aller. On reprend le métro, on passe chez lui et c’est le même manège. Il est seize heure quand on se retrouve sur le bas-côté du périph’, le pouce en l’air, espérant qu’on nous prenne en stop. On attend, on fume pour tuer le temps, on a quelques faux espoirs puis finalement quelqu’un accepte de nous prendre. C’est une dame, la soixantaine, elle va à Lyon rendre visite à sa sœur. On jette nos sacs dans le coffre après un rapide échange et quelques mensonges avant de nous installer sur la banquette arrière. Ça y’est, on est partis. L’aventure nous attend. Un sourire dément me mange le visage. Putain alors c’est aussi simple que ça de tout plaquer ? Je pense même pas à ma mère ou aux cours que je vais louper. J’ai l’impression de commencer une nouvelle vie et de laisser le passé derrière moi, dans cette ville dans laquelle j’ai grandis. Adieu Paris. Je regarde Tom, les yeux brillants, de joie cette fois. Je me sens euphorique. En un instant tout mon ressentiment du matin a disparu. Plus rien n’a d’importance en dehors de l’asphalte qui disparaît sous les roues de la voiture. Les sorties défilent et on débouche sur l’autoroute. Je me cale confortablement dans mon siège et me reconnecte à la réalité. ©

 

Image de alternative, Taylor Swift, and wildest dreams

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